Revues culturelles

Revue du film italien "Stanno tutti bene"

Le film italien "Stanno tutti bene" ("Ils vont tous bien" en français) est l'histoire d'un veuf retraité, Matteo Scuro (interprété merveilleusement par Marcello Mastroianni), qui quitte son village de Sicile pour rendre visite à ses cinq enfants, tous partis faire fortune sur le continent. C'est avec beaucoup de fierté que ce vieil homme se met en voyage: les trois garçons et les deux filles n'ont jamais manqué de donner d'excellentes nouvelles et de raconter leurs nombreux succès personnels et professionnels. En s'apprêtant à visiter ses cinq enfant qui ont si bien grandi et réussi, Matteo s'attend à de grandes satisfactions.

Vous l'avez déjà compris: en réalité ce sont de grandes déceptions qui l'attendent à Naples, Rome, Florence, Milan et Turin. Pour préserver la sérénité de leur vieux père, tous ont inventé une carrière réussie et une vie pleine de bonheur pour cacher leur déchéance et leurs misères. Mais malgré le système d'alerte mis en place par les cinq frères et sœurs pour se prévenir l'un l'autre de l'imminente visite du père et malgré les grands efforts déployés pour cacher la sombre vérité, Matteo découvre petit à petit que ce monde n'est qu'une illusion. Les mensonges et les duperies sont révélés au grand jour et la plupart des fils n'ont pas le courage d'affronter un douloureux face à face avec le vieux père, qui avait fait de la réussite matérielle de ses enfants le projet de toute sa vie, un projet qui sombre sans appel.

Tout au long du film Mastroianni est absolument époustouflant de talent et d'émotion. Il sait rendre parfaitement l'idée d'un homme mûr avec de sains et rigides principes moraux, désaffecté par la découverte de ne pas avoir réussi à transmettre sa propre rectitude à sa descendance. Les autres acteurs, beaucoup moins connus, jouent les seconds rôles de façon très pertinente.

Surtout, le film est riche de flashbacks, dans lesquels le père s'adresse aujourd'hui à ses fils, mais ceux-ci prennent l'apparence des enfants qu'ils furent. Des phrases qui reviennent souvent dans les discours de Matteo, loin d'être monotones, révèlent une sagesse que le spectateur voudra faire sienne. Les dialogues et la mise en scène font de ce film, sorti apparemment sans prétentions en 1990, un petit chef d'œuvre du cinéma italien. Le metteur en scène, Giuseppe Tornatore, avait reçu un Oscar du meilleur film étranger en 1989 avec "Nuovo Cinema Paradiso". Marcello Mastroianni, tout étant l'acteur extraordinaire que nous avons tous admiré, ne reçut jamais un Oscar tout au long de sa très longue carrière, mais ceci est probablement le plus épatant des oublis de l'Académie des Oscars...

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